Essais Olympique canadiens, Etobicoke, mai 1984. J’étais la favorite au 200 Q.N.I. après une saison d’enfer à remporter tous les titres en Coupe du Canada. Mais aux essais j’ai ‘chocké’. Résultat : 4ème. Même si ce temps de 2 :20.10 était inscrit au 16ème rang mondial à fin de la saison 1984, cette 4ème position indiquait aussi que je vivrais les jeux de L.A. à la maison. Dire que j’étais déçue est le pire des euphémismes. Je ne voulais plus voir une piscine et je ne pouvais pas entendre le mot ‘Olympique’ sans avoir les larmes aux yeux. Le chlore me dégoûtait.
Jean-Marie, d’habitude très très discret, m’a littéralement forcé à poursuivre l’entraînement, en ayant comme théorie qu’après un traumatisme, il vaut mieux affronter la situation pour mieux la digérer. C’est donc bien péniblement que j’ai passé à travers l’été dans une piscine.
Août 1984. L’équipe canadienne B est invitée aux Championnats Nationaux d’Australie. À mon grand étonnement, et beaucoup parce que je n’avais rien à perdre, j’ai nagé comme une déesse. Quelques médailles, dont la plus belle à mon avis est celle du 400 Q.N.I. en 4 :49. Des splits parfaits, soit le 2ème 50 plus rapide que le 1er de chaque style, mon 100m libre un peu plus rapide que mon 100m papillon (je n’étais pas une ‘crawleuse’) et une fin de course enlevante où j’ai exploité totalement ma taille. Lorsque je me suis tournée pour regarder le chrono à 4 :49, j’étais impressionnée. Le bien-être que j’ai ressenti à la fin de cette compétition est indescriptible, mais surtout trop intérieur pour tenter de le verbaliser. Tout comme la douleur ressentie en mai. La fierté d’être passée à travers cette saison hors du commun, d’avoir réussi à tourner la page me remplissait. J’avais appris très jeune à ne pas tenter d’expliquer mes émotions. Elles m’appartiennent.
Il est arrivé des revers à plein d’athlètes, de gens d’affaires, de ‘go getter’ de ce monde, et ceux qui ont réussi à s’élever au-delà de la défaite ont souvent … baissé la tête. Non pas par dépit ou par découragement, mais plutôt pour mieux réfléchir, prendre son élan, et foncer plus fort vers l’idéal qu’ils visaient.
Et, pour donner à César ce qui appartient à César, faut bien admettre que les américains sont forts dans l’art de se relever face à l’adversité. Alors en ce 4 juillet, soyez un peu américain!